Niko – Tagada Jones Interview

De retour du Japon, la veille nous avons pu rencontrer Niko, le chanteur de Tagada Jones, pour prendre en exclusivité la température du groupe… Go !

Amy : Vous rentrez tout juste d’une tournée au Japon avec Tagada Jones, comment ça s’est passé ?
Niko : Et bien écoute ça s’est super bien passé, figure-toi qu’effectivement on est rentré hier soir, donc c’est tout frais tout frais ! C’était vraiment bien, c’est la troisième fois qu’on joue là-bas, et comme on a un bon réseau de copains et de groupes, qui sont assez connus, ça part beaucoup plus sur le principe de l’échange. Ce qui fait qu’on a joué devant beaucoup plus de monde que si on y allait sur notre propre nom. C’était des salles – à part un festival où il y avait à peu près 2000 personnes – de 300 à 500 personnes, on a fait 6 concerts là-bas, et c’était bien rempli, grâce aux gens de cet échange là. Et puis le public est complètement fous donc les concerts se sont hyper bien passés, mieux que les premières tournées, les gens étaient vraiment au taquet, et là on a déjà des propositions pour y retourner ! Donc en revient juste et on à déjà des plans pour y retourner c’est fou !

Amy : Donc tu penses qu’au fur et à mesure que vous retournez dans les différents pays, la notoriété du groupe grandit de plus en plus ?
Niko : Alors y’a des endroits où il y a plus de potentiel que d’autres, je pense qu’au Japon ils aiment bien ce genre de musique, très dure, donc y’a vraiment du potentiel. Après y’en a d’autres, on a été joué à Dubai la semaine d’avant, bon là c’était plus un concert pour les expatriés, le potentiel du groupe à Dubai il est très limité ! Donc ça dépend vraiment des pays. Bon y’a les pays francophones, où là on tourne déjà depuis très longtemps, et puis il y a aussi les Etats-Unis où ça a très bien marché, la Russie aussi, mais il y a d’autres pays où c’est plus compliqué, l’Espagne par exemple, avec leur culture latine c’est pas vraiment ce qui marche le mieux.

Amy : Donc finalement y’a pas vraiment de barrière de la langue, on pourrait penser que des paroles chantées en français ça refroidirait un peu ?
Niko : Ben finalement c’est exotique pour eux. Par exemple aux Etats-Unis c’est très dur d’aller jouer pour eux, mais une fois que t’y es, ils aiment bien parce que c’est super exotique ! Du coup c’est très différent, et ces pays là ils ont énormément de groupes qui les copient, et c’est pas forcément ce qu’ils recherchent. Eux ils vont préférer un groupe qui arrive avec son propre style, et c’est ce qui est arrivé pour nous, et c’est pour ça que ça a toujours très bien marché. Donc finalement la langue, non au contraire.

Amy : Concernant les paroles, tu penses que tout le monde peut s’identifier, malgré que ce soit majoritairement des textes qui traitent de notre société ?
Niko : Tout le monde ne va pas s’identifier aux paroles qu’on a parce que forcément, on est un groupe engagé avec nos idées, et il y a forcément des gens qui n’ont pas les mêmes idées que nous. Mais ce qui est sûr, c’est que nous ça fait 24 ans qu’on joue ensemble, et on a à peu près toujours chanté la même chose. Le fond de notre combat est toujours à peu près le même. Ça ne s’améliore pas, mais plus ça va, et plus les gens viennent dans notre sens, et notamment les jeunes. Et là on se retrouve à avoir énormément de jeunes qui adhèrent à l’idéologie du groupe, et je pense que c’est lié au contexte qui nous entoure, qui est très différent. Je pense au fait qu’à l’époque, on était un des premiers groupes Punk à chanter pour l’écologie, et pourtant c’était pas du tout Punk de chanter pour l’écologie ! Donc c’est rentré dans les meurs. Je fais d’ailleurs énormément d’Interviews, où les gens nous disent du dernier album « Oh vous avez tapez dans le mille, c’est exactement ce que pensent les gens ! » Mais nous ça fait 20 ans qu’on chante la même chose ! C’est pas les mêmes morceaux mais l’idéologie reste la même c’est vraiment le contexte qui a changé.

Amy : Sur l’écriture des textes, est-ce que c’était plus un besoin pour toi de t’exprimer, ou plutôt une façon de dénoncer et faire ouvrir les yeux ?
Niko : Un peu des deux. Moi j’ai d’abord eu envie de faire de la musique avant-tout, et une musique relativement dure, et je me voyais mal écrire des chansons sur « Oh qu’est-ce qu’il fait beau aujourd’hui » c’est vrai qu’il fait beau aujourd’hui mais j’ai pas envie d’écrire une chanson là-dessus ! Mais après il faut admettre que c’est une façon de s’extérioriser, c’est un vecteur de diffusion de nos idées. Indirectement on fait un peu de la politique, mais nous c’est à travers la musique. Et finalement ça nous fait du bien ! Moi j’ai toujours été hyper actif, à 5 ans on me collait au Judo parce que sinon on croyait que j’avais des problèmes, donc dans ma vie j’ai besoin d’un exutoire et la scène en fait partie. Et même si pendant les concerts on impose pas mal nos idées, ça reste un endroit de partage avec le public, on est pas là pour faire la morale aux gens, ça n’a jamais été tourné comme ça.

Amy : A partir de la semaine prochaine vous aller reprendre une tournée française aux côtés de No One Is Innocent, un groupe également français et engagé, qu’est-ce qu’on peut attendre d’une soirée avec 2 groupes électriques comme Tagada et No One ?
Niko : Alors c’est marrant parce que y’a des groupes avec qui on a croisé le fer souvent, et y’a des groupes avec qui on jouait jamais au même moment ! Et on s’est vu y’a 4 ans avec No One, et on s’est dit, c’est dingue on avait jamais joué ensemble ! C’est pour ça qu’on a décidé nous-même de faire cette tournée en commun. On a fait une première partie de cette tournée l’année dernière, ça a hyper bien fonctionné, donc on remet une deuxième partie cette année, et y’a déjà 70% des dates qui sont complètes. Et puis peut-être que les 3 dernières seront complètes aussi on verra ! Donc y’a un retour du public, enfin déjà il y a un retour sur les groupes français, avec des messages, parce qu’on était pas si nombreux que ça, et finalement quand on met 2 groupes engagés ensemble les gens vont plus s’identifier à ça. Et puis il y a vraiment un retour du Rock français qui aide au remplissage des salles. Après les concerts, ça va être un moment joyeux, comme je disais on est là pour partager un moment avec le public, mais normalement les gens devraient ressortir bien crevés et en sueur si tout va bien !

Amy : Tu parles d’un rassemblement du Rock français, on peut citer l‘exemple du festival « On a plus 20 ans » avec essentiellement des groupes français à l’affiche, tu penses donc qu’il y a une véritable communauté dans l’hexagone ?
Niko : Tu vois, il y a des gens qui sont en train de nous dire, avec notre festival, qu’on organise pour la sixième année en 2019, qu’on a créé un véritable phénomène de mode, ce qui fait qu’aujourd’hui ces plateaux là, tout le monde en fait. Ça devient vraiment une mode, et à notre échelle vendre 3000 places en une heure, c’est complètement ahurissant ! Donc c’est assez incroyable, et la particularité, c’est que c’est justement un rassemblement de groupes français, ce que personne ne faisait plus. Quand nous on l’a fait la première fois, c’était pour notre anniversaire, et on s’est dit, tien, on va inviter les copains avec qui on a les mêmes parcours, les mêmes idées, et plus personne ne faisait ça ! Après, c’est comme le Hellfest mais à moindre échelle, quand tu essaies de tout faire le mieux possible, pour que le public vienne à un concert et soit bien accueilli, tu mets de la bonne bière pas trop chère, enfin tu prends pas les gens pour des cons, c’est un peu ça le thème ! Et c’est ce qui fait que les gens sont content de revenir l’année suivante. D’ailleurs est-ce qu’on peut pas en tirer une conclusion, du fait que le Download cette année ne se refait pas, alors que le Hellfest se porte tout aussi bien, est-ce que c’est pas justement l’accueil du public…

Amy : Cette année le festival « On a plus 20 ans » marque les 25 ans du groupe, est-ce que vous aller marquer le coup, proposer quelque chose de différent ?
Niko : Alors là sur la tournée La Peste et le Choléras on est arrivé à 190 dates, donc déjà on changera la Setlist. Mais en même temps, et tant mieux pour nous, les morceaux qui marchent le mieux, c’est ceux du dernier album ! Donc les gens ont plus envie d’entendre ce qu’on fait maintenant, qu’une rétrospective de ce qu’on faisait y’a 25 ans. Et je préfère ça !

Amy : Je voudrais revenir sur le Live du Hellfest que vous avez sorti, car c’est un album axé sur un seul concert, contrairement aux autres Live de Tagada qui portent sur une tournée. Qu’est-ce qui a fait que ce concert là était spécial et méritait d’être filmé ?
Niko : Alors à la base, c’était pas prévu ! C’est ça qui fait une grande différence, au moment où on fait le concert, on fait un concert normal, personne ne se pose de questions. Et ce qui nous a poussé à la sortir, c’est tous les gens qu’on a vu, et qui nous ont dit qu’il n’avaient pas pu rentrer à la Warzone parce que c’était archi complet. Et sur toute la tournée qu’on a fait, on a vu plus de gens qui nous on parlé de ce Live en nous disant « Ben on pouvait pas y être ! ». Mais y’a un petit truc qui nous chiffonnait sur l’enregistrement – parce que ça a été retransmis en direct sur Arte – c’est que le son c’est la sortie de console, y’avait aucun micro d’ambiance, alors que nous on garde un souvenir incroyable de cet échange qu’on a eu avec le public. Et du coup les 2 choses cumulées nous on poussé à la sortir, et vu qu’Arte avait tout enregistré, on a pu le re-mixer derrière, rouvrir les pistes du public, et le mix s’est fait tout seul.

Amy : Donc comme tu l’as mentionné, ça fait 25 ans que le groupe existe, qu’est-ce qui fait la force de Tagada Jones ?
Niko : Je pense que la question on se la pose même pas, parce qu’on prend du plaisir à faire ce qu’on fait. Dans ce style de musique, tu peux pas vraiment tricher sur tes émotions. Quand un groupe ne donne plus grand chose sur scène, tout le monde s’en rend compte. Nous ce qui nous donne la force de continuer, c’est simple c’est l’échange avec le public, tant que le public nous partagera des retours positifs, on continuera à le faire, et on ne se posera même pas la question ! Et aussi, on est pas des Performers, c’est une musique d’énergie de cœur, on est avant-tout un groupe d’ami. Ce qui est vraiment important, c’est qu’on s’entende bien, parce que tu passes la moitié de tes jours avec ces gars ! Mais tant qu’on aura ce partage on ne se posera pas la question d’arrêter. Nous on a visité 32 pays, donc non seulement on visite plein de pays et on rencontre des gens, mais on est vraiment encrés dans la vie réelle de ces pays là. On arrive pas en touriste dans un 5 étoiles, où tu vois rien de la réalité du pays. Et je pense que les 3/4 des gens, ça leur ferait du bien d’aller voir ce qui se passe à l’étranger.

Amy : Et donc pour finir, quels sont vos projets pour la suite ?
Niko : Alors 2019 c’est l’anniversaire du groupe, et on fait Le bal des enragés, c’est un parallèle qu’on a créé il y a 10 ans. Donc en 2019 on fait moitié Le bal des enragés moitié Tagada, et comme c’est une année anniversaire pour les 2 groupes, on fait de l’évènementiel. Donc entre les deux réunis, il devrait y avoir une cinquantaine de dates l’année prochaine, et on fera un album pour 2020 mais on prendra le temps de le faire. On a eu ce déclic avec l’album « Dissident », on s’est dit on va faire un album, comme le premier. C’est-à-dire, pas de pré-production, on se met dans une pièce, et on joue. Et c’est ce qu’on a fait aussi sur La Peste et le Choléra », on a pas du tout retouché les morceaux. Donc l’album d’après, on va faire pareil, mais on va prendre notre temps, pour pas faire un album de vieux crouton !

Amy : Vous avez déjà commencé à composer ensemble ?
Niko : Non, parce que comme il y a une certaine urgence dans nos textes, il faut que ça colle à peu près avec le moment où ça va sortir, et si on écrit un texte 2 ans avant, ça peut ne pas avoir de sens au moment de la sortie. Donc on fait les textes au dernier moment.

Amy : Et bien c’est tout pour moi, merci !
Niko : Merci à toi !


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