Led Zeppelin : L’évolution de la vision du rock dans la presse écrite

Cet article est un extrait d’un travail effectué pour ma première année de licence en information et communication, pour l’université de la Sorbonne-nouvelle.

Bibliographie Led Zeppelin – Amandine PRADA L1
Introduction
Tandis que le groupe de Détroit Greta Van Fleet cartonne aux Etats-Unis et en Europe, Led Zeppelin lui reste bien plus actif dans les mémoires que sur une scène de concert. Mais l’émergence de ce jeune groupe, qui joue comme Led Zeppelin, chante comme Led Zeppelin et bouge sur scène comme Led Zeppelin, réveille l’attrait que certains avaient pour les membres du dirigeable de plomb. En effet, même si Led Zeppelin ne se produit plus en concert aujourd’hui, ou ne sort plus d’albums, le groupe reste une référence universelle en la matière. Aujourd’hui tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont les pionniers du hard-rock, qu’ils ont donné naissance à une génération de guitar-heroes, et que leur musique traversera toutes les époques, en frappant à chaque fois avec la même force d’attaque qu’elle a eu en 1968. Les années 60 ont eu Elvis Presley et les Beatles, et les années 70 ont eu Led Zeppelin et l’arrivée du punk. Mais le ras-de-marée Led Zeppelin marque un tournant particulier entre les 2 décennies : leur son, leur façon de jouer, leur attitude, annonce exactement ce qui va arriver 10 ans plus tard. Ils avaient une décennie d’avance.
Aujourd’hui, étant donné qu’ils ne donnent plus de concerts, la seule façon que l’on a de faire perpétuer leur musique, est de rappeler l’héritage qu’ils nous ont légué, ce qui est effectué par la presse. En effet, beaucoup d’albums des années 60 et 70 fêtent leurs 50 ans cette année ou l’année prochaine, c’est donc une occasion pour les journalistes de sortir rétrospectives, catalogues, et rééditions pour nous faire découvrir ou redécouvrir la musique de ces années là. Il semblerait qu’avec le recul la presse est consciente des conséquences grandioses qu’on eu ces groupes, ce qui n’était pas forcément évident à l’époque, certains journalistes étant beaucoup plus méprisants envers les musiciens.
En France, la presse rock se développe au milieu des années 60 grâce à deux magazines :
Rock & Folk, et Best. Bien sûr, il en existait quelqu’uns déjà avant, mais ces deux magazines
propulsent littéralement la presse musicale rock. Rock & Folk est fondé en 1966 par Philippe
Koechlin et se spécialise dans le rock au sens large. Ce mensuel gagne très vite en popularité,
puisqu’il permet au public d’être au courant non seulement des nouveautés rock françaises, mais
aussi anglo-saxonnes. Cependant, Rock & Folk prend au fur et à mesure une dimension assez
intellectualiste, et nombreux de ses lecteurs ne se retrouveront plus dans la direction « branchée » que le journal prend dès 1968.
La tournure que prend Rock & Folk permet à un autre journal plus populaire d’émerger : Best, magazine créé par Gérard Bernard en 1968. Il revendique une culture plus populaire contrairement à Rock & Folk ce qui lui permet une notoriété fulgurante, jusqu’à son arrêt en 2000. D’autres magazines émergent dans les années 80 comme Les Inrockuptibles ou dans la catégorie hard rock, des magazines comme Hard Rock magazine ou Enfer magazine, mais aucun d’entre eux n’arrive à détrôner Rock & Folk, qui reste le numéro 1 de la presse rock en France encore aujourd’hui. Le rock a toujours exprimé un sentiment de rébellion. A ses débuts dans les années 60 il permettait de se révolter contre les normes, en montrant qu’on était différent. C’était un moyen de marquer la coupure entre les générations, on écoutait désormais plus la musique de ses parents, les jeunes générations avaient leur musique à eux, et s’identifiaient pleinement dedans. Dans les années 70, la naissance des mouvements contestataires et hippies ont permis de nourrir également le rock.

Dans l’histoire du courant musical, les années 60 et 70, sont les plus importantes en terme d’évolution, et le tournant décisif a lieu entre 1966 et 1968. En effet, plusieurs courants se mélangent alors, on a l’impact du blues qu’on retrouve chez Jeff Beck, Led Zeppelin ou encore Jimi Hendrix, et l’apparition du rock au sens stricte du terme avec The Rolling Stones et The Who. Il y a également l’apparition du rock progressif avec Yes, qui sera ensuite repris par Pink Floyd, et le rock psychédélique des Beatles. Aux Etats-Unis l’émergence des mouvements hippies apporte des nouveautés, comme Creedence Clearwater Revival. Cette période de mouvements musicaux est aussi à mettre en lien avec le contexte politique. En effet, dès 1969 le rock prends un chemin plus engagé, avec des chansons dénonçant la guerre du Vietnam comme « Gimme Shelter » des Rolling Stones. Tout ces changements annoncent la fin d’une époque, mais aussi le début d’une nouvelle. On parle pour l’instant de rock, mais la frontière avec le hard-rock (terme qui se généralise au début des années 70) est très mince. Dès leur premier album, Led Zeppelin adopte un son de guitare assez brut mélangé avec les cris stridents du chanteur, et une attitude sauvage, on peut donc les catégorisés dans la catégorie hard-rock.

Qui dit nouvelle époque dit nouveauté musicale. Et ce tournant musical et politique qui prend place à la fin des années 60 ouvre la porte à Led Zeppelin. Led Zeppelin c’est plus qu’un groupe, c’est l’association de 4 personnalités de génie qui mises dans la même pièce étaient capable de créer des choses extraordinaires: Jimmy Page guitariste, Robert Plant chanteur, John Paul Jones bassiste et John Bonham batteur. Le groupe se forme en 1968 et se sépare en 1980 suite à la mort de John Bonham. Mais revenons sur les prémices de la formation du quatuor.
1966, Angleterre. Jimmy Page est un musicien de studio depuis 9 ans et mène une carrière
prolifique. En effet, sa virtuosité en fait l’un des guitaristes/bassistes les plus reconnus et demandés de son époque. Cette même année, le groupe The Yardbirds perd un de ses guitaristes et Page se voit offrir le poste, mais c’est seulement après plusieurs refus qu’il rejoint le groupes fin 1966. Les Yardbirds se dissolvent peu à peu pour cause de disputes et de concurrence entre Page et Jeff Beck, le second guitariste, mais le groupe arrive à tenir bon et repart en tournée notamment grâce à l’arrivée d’un nouveau manager : Peter Grant, futur manager de Led Zeppelin.
Malheureusement Les Yardbirds se déchirent finalement à cause de la décadence et la consommation de substances un peu trop abusive de certains membres. Page veut donc remonter un groupe, mais pour cela il lui faut un chanteur. Peter Grant lui propose de rencontrer un certain Robert Plant qui chante déjà dans un groupe. Après le concert, Page est impressionné par la voix de Plant, et Robert se retrouve désormais à bord. Page part ensuite à la recherche d’un bassiste, mais il n’a pas à chercher très longtemps puisqu’il connait bien un certain John Paul Jones, musicien de studio lui aussi. Un coup de fil plus tard, et Jones est partant. Ce qui manque aux 3 jeunes hommes maintenant, c’est un batteur. Et ça tombe bien, Robert Plant en connait justement un, avec qui il a déjà joué auparavant. Le problème, c’est que Bonham est lui aussi très réputé dans le milieu, et gagne bien sa vie. Alors lorsque l’on lui propose de rejoindre le nouveau groupe de Page, il trouve cela très risqué. Cependant il connait les goûts musicaux des 3 jeunes hommes, et c’est cet amour pour la musique et le rock qui le décide.
Le groupe dispose d’à peine quelques semaines pour répéter et part ensuite directement en tournée. Et ils marquent chaque endroit où ils vont. Personne n’a entendu un son aussi lourd.
A leur retour, tout va très vite, ils enregistrent leur premier album en tant que Led Zeppelin en moins de 36 heures, et signent un contrat de 5 albums avec Atlantic Records. Cependant les retours anglais concernant ce nouveau groupe sont très méprisants, personne ne veut de Led Zeppelin, ils veulent les Yardbirds. Alors le groupe pense d’abord à s’exporter aux Etats-Unis ce qui va immédiatement propulser leur carrière. Leur premier album se hisse dans le top 10 américain, ce qui est inespéré pour un jeune groupe, et il arrive même à la sixième place en Angleterre alors qu’ils n’ont donné aucun concert. Cela montre déjà que ce qui fait la force de Led Zeppelin c’est le public, et non la presse. Et Led Zeppelin a toujours eu un rapport très trouble avec la presse, méprisés pour des raisons souvent injustifiés. Mais ils se sont entraînés dans un cercle vicieux, car eux se détachaient de la presse et la presse le leur rendait bien, et donc il se désintéressaient encore plus et donnaient encore moins d’interviews, ce qui n’arrangeait pas leur cas. De plus il y a eu plusieurs affaires de problèmes de droits d’auteurs, les accusant de plagier beaucoup de morceaux. En effet, certaines de leurs chansons auraient été des reprises blues des années 60 mais le groupe n’aurait jamais crédité les compositeurs originaux. Ce serait ainsi le cas de « Stairway To Heaven », où on accuse Page d’avoir volé l’intro du morceau à un autre guitariste. Invention des médias ou dénonciation véridique ? Cela montre bien que le groupe a été sujet aux attaques de la presse, sauf qu’à aucun moment cela ne les a empêché d’avoir un succès phénoménal mondial.

On peut expliquer le fait que Led Zeppelin ait été détesté en 1970 puis complètement approuvés aujourd’hui par les évolutions de notre société. En 1970, le rock est principalement une affaire de jeunes, en effet il ne plait et n’est compris que par les adolescents, en phase de rébellion avec la culture dominante. Si les critiques de l’époque sont rudes avec le groupe, c’est parce qu’ils ne comprennent pas l’explosion du mouvement, ils cherchent un sens intelligent au rock, alors qu’il ne sert qu’à proposer aux jeunes un moyen de sortir du moule que la société leur crée. De plus, personne ne pensait que le rock allait perdurer dans le temps, et encore plus fou, personne n’aurait imaginé écouter des albums de 1968 cinquante ans plus tard. Les rock-critiques n’étaient tout simplement pas préparés à ce ras-de-marée musical, et pensaient que cela ne serait qu’un effet de mode, ce qui augmente le contraste avec les articles d’aujourd’hui. De ce fait, les articles plus récents sont plus élogieux car près d’un demi siècle de musique rock plus tard, on sait quels groupes en ont été les fondements, le développement, et la continuité du rock. Les rock-critiques d’aujourd’hui peuvent tout à fait voir les répercutions musicales qu’ont eu des groupes comme Led Zeppelin sur le rock et le hard-rock, on est effectivement bien plus conscient de leur
génie aujourd’hui. Il faut aussi voir cette évolution en rapport avec les changements de notre société et notamment l’ouverture d’esprit sur certains sujets. En effet, c’est grâce aux mouvements hippies, et en partie grâce à la musique, que l’on a pu parler de sexualité ouvertement. Cependant c’est un processus qui a mis du temps à s’installer. Le rock permettait d’exprimer des sujets que la société voulait cacher, il donnait l’envie aux jeunes de s’émanciper, de partir à l’aventure. Tant de façons de briser les codes de la culture dominante, et tant de façons donc offertes aux rock-critiques pour se méfier de ces premiers groupes. Il était donc facile pour eux de saisir les écarts fait par les musiciens (abus de substances, destruction) pour les ramener au premier plan. Mais aujourd’hui avec l’évolution des moeurs, on met de côté, sans nier pour autant, la débauche engendrée par le rock, pour se concentrer sur la musique pure. Un groupe comme Led Zeppelin a redéfini tous les codes du rock : Led Zeppelin a inventé le son, le jeu de guitare, il a révolutionné la façon de donner un concert, et a servi d’exemple à d’innombrables jeunes qui ont voulu se lancer par la suite. Au delà des critiques, le rock nous invite dans un monde fait de paix, d’égalité, et de liberté, ce qui permettait au jeunes de s’évader, pendant que dans la réalité la véritable décadence émergeait. Ce que la presse n’a jamais compris. Car, rappelons-nous, les Rolling Stones chantaient contre la guerre du Vietnam pendant que Pink Floyd annonçait les prémices des mouvements écologistes, autant de textes qui ont traversé les époques, et qui sont pourtant, 50 ans plus tard, toujours d’actualité.


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